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c3v Maison citoyenne - JOIGNY - YONNE

L'avis de Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire à propos de la durée des centrales nucléaires... "Le fonctionnement des centrales nucléaires au-delà de quarante ans n'est pas acquis" Réponse du ministre...

15 Octobre 2013, 10:13am

Publié par c3v maison citoyenne

"Le fonctionnement des centrales nucléaires au-delà de quarante ans n'est pas acquis"

Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire, le 16 avril à Paris.

Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN)

Alors que des informations contradictoires circulent sur une possible prolongation à cinquante ans du parc des réacteurs français, Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) rappelle fermement que l'Etat et EDF devront respecter les consignes de l'ASN, attendues au mieux pour 2015. Rien ne pourra donc être véritablement décidé auparavant.

L'Etat peut-il, de son propre chef, autoriser le prolongement de la durée de vie des réacteurs nucléaires français au-delà de quarante ans ?

Pierre-Franck Chevet : En termes de sûreté, on n'en est pas là. La poursuite du fonctionnement des réacteurs au-delà de quarante ans n'est pas acquise. Nous sommes encore dans une phase de discussion technique avec l'exploitant, EDF, qui prendra quelques années. L'ASN prendra une première position sur ce sujet en 2015, sachant qu'un avis définitif demandera vraisemblablement davantage de temps.

Donc, un feu vert de l'Etat, lors d'un prochain conseil de politique nucléaire, n'est pas possible ?

Le rôle de l'Etat est de définir la politique énergétique du pays. Le mien est de garantir la sûreté nucléaire. Entre une décision de politique énergétique et une décision de sûreté, il doit y avoir indépendance.

Votre décision primera-t-elle sur celle de l'Etat ?

Elle s'imposera en tout cas.

Fin juin, pourtant, l'ASN a jugé que la démarche proposée par EDF, qui souhaite "étendre la durée de fonctionnement de l'ensemble des réacteurs nucléaires français significativement au-delà de quarante ans", était "globalement satisfaisante"...

Nous avons dit que concernant la méthode de travail, nous étions en phase avec EDF. Mais nous avons aussi fixé des objectifs d'amélioration du niveau de sûreté et de maîtrise du vieillissement des réacteurs auxquels EDF devra satisfaire. En gros, nous avons défini le sommaire du dossier de prolongation que devra présenter l'exploitant. Nous attendons ce dossier et nous jugerons sur pièces.

Lors de la conférence environnementale de septembre, Jean-Marc Ayrault a annoncé que le gouvernement mobilisera, au profit de la transition énergétique, "une partie des gains financiers perçus sur le parc nucléaire existant". Cela n'augure-t-il pas d'une volonté de l'Etat de pousser les centrales au-delà de quarante ans ?

J'ai lu ce discours, je ne possède pas d'élément de décryptage particulier. Encore une fois, la prolongation des centrales après quarante ans n'est pas acquise pour ce qui est de la sûreté.

Aviez-vous été consulté avant l'annonce de Jean-Marc Ayrault ?

Non.

Quelles sont les conditions qui permettraient une exploitation des réacteurs au-delà de quarante ans ?

Nous avons dit, dès 2009, que l'objectif pour le "post-quarante ans" est de se rapprocher des standards applicables aux nouveaux réacteurs, avec une amélioration très nette de la sûreté. C'est pourquoi le rendez-vous des quarante ans est beaucoup plus exigeant que les révisions périodiques de la sûreté, qui ont lieu tous les dix ans.

Comment les réacteurs actuels pourraient-ils atteindre les standards de sûreté du futur EPR de troisième génération ? N'est-ce pas une mission impossible ? 

Ce que nous demandons à EDF, c'est de se rapprocher le plus possible des standards modernes. C'est tout l'enjeu du dossier de prolongation. Si EDF peut atteindre ces standards, très bien. Sinon, nous serons amenés à porter une appréciation. J'ajoute que le fait de considérer que la poursuite du fonctionnement au-delà de quarante ans doit se faire au regard des meilleurs standards de sureté n'est pas une approche seulement française, mais européenne. Cette démarche prévaut aussi, au niveau européen, pour les sites industriels de type Seveso.

Vous avez récemment expliqué que, compte tenu de la standardisation du parc nucléaire français – en cas d'incident sérieux sur un réacteur, plusieurs réacteurs devraient être arrêtés simultanément – il fallait anticiper le renouvellement des moyens de production d'énergie. N'est-ce pas contradictoire avec une prolongation de la durée de vie des centrales ?

Dans les années 1980 à 1990, la France a mis en service jusqu'à 5 et 6 réacteurs par an. Donc, dans l'hypothèse où nous dirions "non" à la demande d'EDF de prolongation au-delà de quarante ans, ce sont entre 5 et 6 réacteurs par an qui, entre 2020 et 2030, sortiraient du système de production d'électricité. Quelles que soient les solutions qui seraient choisies pour faire face à ce déficit – économies d'énergie ou construction de nouveaux moyens de production, nucléaires ou non –, il faudra une dizaine d'années pour les déployer. Il est donc extrêmement urgent de prendre position en ayant en vue que la limite de durée de vie des réacteurs pourrait être de quarante ans.

Selon vous, la décision devrait être prise dans la loi de transition énergétique qui doit être discutée fin 2014 ?

Ce serait le bon timing.

Henri Proglio, le PDG d'EDF, chiffre à 55 milliards d'euros le coût de la modernisation des 58 réacteurs français. Ce chiffre vous paraît-il réaliste ?

C'est celui qu'annonce EDF pour les travaux prévus dans son plan actuel d'investissement. Cela ne préjuge pas de l'instruction du dossier de prolongation, qui pourrait poser des exigences aujourd'hui non prévues. Le dossier du "post-quarante ans" n'en est qu'à son commencement, il est donc impossible de donner un chiffrage définitif, et EDF ne peut pas certifier que l'investissement qu'il prévoit suffira.

Prolonger la durée de vie des centrales n'est-il pas contradictoire avec l'annonce faite par François Hollande, lors de la conférence environnementale, de réduire de 50% la consommation d'énergie de la France à l'horizon 2050 ?

C'est une vraie question de politique énergétique, mais elle n'est pas de mon ressort.

 

15 octobre: Réponse du ministre Philippe Martin tiraillé par EDF !

Philippe Martin, ministre de l'énergie, a démenti, mardi 15 octobre, les informations du Journal du dimanche qui affirmait il y a deux jours que l'Etat comptait allonger de dix ans la durée de vie des centrales nucléaires françaises. Une prise de parole qui intervient après que lundi soir, sur Le Monde.fr, le président de l'ASN a déjà rappelé fermement que l'Etat et EDF devraient se plier sur le sujet aux consignes de l'ASN, attendues au mieux pour 2015. 

Calquant son discours sur les déclarations de Pierre-Franck Chevet au Monde, le ministre a indiqué que les décisions "seront prises sous réserve des avis de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui ne s'est pas encore prononcée sur l'aspect [de la] sûreté d'un éventuel prolongement, pas plus que le gouvernement d'ailleurs", a déclaré le ministre à l'Assemblée, en réponse à une question du député EELV Denis Baupin.

UN SOUHAIT D'EDF

EDF a demandé au gouvernement de pouvoir amortir ses centrales nucléaires françaises sur 50 ans dans ses comptes financiers, a révélé fin septembre le gouvernement. "Vous comprendrez que quel que soit le respect que j'ai pour eux, ce ne sont pas les commissaires aux comptes d'EDF qui déterminent et détermineront la politique énergétique de la France", a lancé M. Martin.

L'étalement de l'amortissement s'avère politiquement délicat : il permettrait mécaniquement d'augmenter les dividendes versés à l'Etat par EDF et donc de lever des ressources pour la transition énergétique, mais risquerait de froisser les alliés écologistes, qui y verraient "une provocation".

UNE PROMESSE PRÉSIDENTIELLE EN JEU

Avec une telle prolongation, l'objectif présidentiel (confirmé mardi par M. Martin) de ramener la part de l'électricité nucléaire de 75 % à 50 % d'ici à 2025 ne pourrait également être tenu qu'à la condition d'une forte hausse de la consommation d'électricité en France. Un scénario qui apparaît peu probable et guère conciliable avec les objectifs d'économies d'énergie affichés par ailleurs.

"Les décisions à venir, et dont j'ai seul la charge, seront compatibles" avec les objectifs énergétiques du gouvernement, a toutefois assuré M. Martin, mardi.

Le ministre a également confirmé la mise à contribution financière du parc nucléaire, annoncée par Jean-Marc Ayrault lors de la conférence environnementale. Or cette politique serait grandement facilitée si les bénéfices et les dividendes d'EDF étaient augmentés en étalant les amortissements sur 50 ans.

Selon le JDD, la décision est d'ores et déjà prise et le gouvernement n'attend que le bon moment pour l'officialiser, en principe lors d'un conseil de politique nucléaire prévu le 15 novembre.

Lire la chronologie : François Hollande : 'Je fermerai Fessenheim fin 2016', et pourtant...

 

Carte des 19 centrales nucléaires françaises, abritant 58 réacteurs. | EDF

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Les plus belles villes fantômes

d'après les catastrophes...

Pripiat (Ukraine)
Construite dans les années 1970 pour héberger les employés de la centrale nucléaire de Tchernobyl, cette ville de 50 000 habitants a été désertée après la catastrophe survenue à seulement 3 kilomètres de là.

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Namie, Futaba District, Fukushima Préfecture

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