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c3v Maison citoyenne - JOIGNY - YONNE

GAZ de SCHISTE - CERTAINS PAYS AVANCENT... D'AUTRES RECULENT...

22 Janvier 2014, 06:48am

Publié par c3v maison citoyenne

Gaz de schiste : Londres promet des avantages fiscaux aux communes

 

 

Le gouvernement britannique, qui met « tout en œuvre » pour l'exploration par fracturation hydraulique, controversée, du gaz de schiste, a promis lundi 13 janvier des avantages fiscaux aux communes qui accepteraient des projets d'exploitation de cette énergie.

Elles recevront ainsi la totalité de la taxe professionnelle collectée, au lieu des traditionnels 50 %, a indiqué le premier ministre, David Cameron. Soit potentiellement jusqu'à 2 millions d'euros supplémentaires par an pour chaque site exploré, selon des sources gouvernementales.

EMPLOIS ET SÉCURITÉ ÉNERGÉTIQUE

Cette industrie « sera synonyme de plus d'emplois et de plus d'opportunités et de sécurité économique pour [le] pays, [qui] doit profiter des opportunités favorables offertes par le gaz de schiste », a aussi insisté le secrétaire d'Etat chargé du commerce, Michael Fallon, dimanche dans le Sun on Sunday.

« Dans les années 1970, le pétrole de la mer du Nord nous a permis de sortir notre économie de sa stagnation handicapante. Nous avons une chance comparable de créer des dizaines de milliers d'emplois et la sécurité énergétique » avec le gaz de schiste, a-t-il ajouté.

Lire la note de blog : Exploiter les gaz de schiste ? Le cas de la Grande-Bretagne

Selon le Financial Timesle géant Français Total doit annoncer lundi une licence d'exploitation dans le Lincolnshire, dans le centre de l'Angleterre, devenant ainsi la première grande compagnie pétrolière à rechercher du gaz de schiste au Royaume-Uni.

« CORRUPTION » ET LOBBYING

Les défenseurs de l'environnement ont, eux, accusé le gouvernement d'essayer de « corrompre » les autorités locales avec cette fiscalité avantageuse. « Cameron dit de fait aux municipalités d'ignorer les risques et la menace d'une industrialisation à grande échelle en échange de monnaie sonnante et trébuchante », a réagi Lawrence Carter, de Greenpeace, ajoutant : « Le gouvernement a désormais recours à la corruption pour vendre sa politique très impopulaire favorable à la fracturation hydraulique. »

Lire : En Grande-Bretagne, la course au gaz de schiste chahutée par une mobilisation locale

En juillet, un autre geste fiscal annoncé par le gouvernement de M. Cameron en faveur des gaz de schiste avait fait polémique. Il s'agissait de réduire l'imposition sur les revenus tirés de cette ressource à 30 %, au lieu de 62 % pour les hydrocarbures conventionnels en mer du Nord – une niche qui devait offrir « le régime le plus généreux au monde pour le gaz de schiste », s'était réjoui George Osborne, le chancelier de l'Echiquier.

Cette décision avait été prise après le recrutement par David Cameron du stratège Lynton Crosby en vue de la préparation des législatives de 2015. Or cet influent Australien possède la société Crosby Textor, qui a comme client l'Association d'exploration pétrolière australienne, lobby majeur en faveur de la production de gaz de schiste.

Lire : Au Royaume-Uni, l'avantage fiscal annoncé par David Cameron en faveur du gaz de schiste fait scandale

La fracturation hydraulique, qui consiste à créer des fissures souterraines en injectant un mélange d'eau, de sable et de produits chimiques à haute pression pour libérer les hydrocarbures de schiste, est jugée polluante. Elle est mise en œuvre aux Etats-Unis mais interdite en France.

 

Voir article précédent:

<Les inepties de CAMERON !> !

Varsovie en quête d’indépendance énergétique

Qu’on se le dise, l’attachement des autorités polonaises à l’alternative énergétique que pourrait constituer le gaz de schiste n’exprime en rien une défiance à l’égard du fournisseur russe Gazprom. « Cela n’a rien d’anti-russe », insiste Katarzyna Kacperczyk, sous-secrétaire d’Etat au ministère polonais des affaires étrangères, rencontrée en décembre 2013 à Varsovie.

 

« Mais tout ce qui pourra être produit chez nous sera toujours bon à prendre », ajoute-t-elle, pointant aussi la perte de compétitivité – liée à la facture énergétique – des pays européens par rapport aux Etats-Unis, qui accentue la nécessité de recourir aux hydrocarbures non conventionnels.

 

RELATION SOUVENT DOULOUREUSE AVEC MOSCOU

En dehors du ministère, on se montre moins diplomate. « Le gaz de schiste augmenterait les marges de manœuvre » polonaises, assurent les spécialistes de l’énergie.

POLOGNE

Gaz de schiste : le dégrisement polonais

Fini l’euphorie dans laquelle baignait la Pologne voici à peine trois ans, lorsque certaines estimations – américaines – sur les ressources potentielles du pays en gaz de schiste avaient laissé entrevoir des perspectives flamboyantes.

Après les groupes nord-américains Marathon Oil, Talisman Energy et Exxon Mobil, c’est aujourd’hui au tour de l’italien ENI de s’apprêter à renoncer à explorer les gisements qui lui avaient été attribués. L’entreprise, qui détient trois concessions, dont une vient d’expirer et deux autres le seront prochainement, ne devrait pas demander aux autorités polonaises leur renouvellement.

« Nous avons été informés par ENI qu’ils n’allaient plus participer au programme de dialogue avec les habitants, car le groupe a décidé de ne pas prolonger sa concession de Mlynary [nord] », expirée le 5 janvier, a indiqué, mardi 14 janvier à l’AFP, Anna Miazga, responsable d’un programme gouvernemental visant à apaiser les tensions entre partisans et opposants de l’exploitation du gaz de schiste. ENI n’a officiellement fait aucun commentaire.

LES OBSTACLES SONT GÉOLOGIQUES ET JURIDIQUES

Pourtant, à Varsovie, le compte à rebours reste engagé pour une éventuelle révolution énergétique. Dans quelques semaines, le gouvernement aura dépoussiéré un code minier antédiluvien. Les règles du jeu seront clarifiées pour les investisseurs étrangers dont le pays a besoin pour réussir un pari encore incertain.

La difficulté ne vient pas, pour l’instant, d’opinions publiques inquiètes d’éventuelles conséquences pour l’environnement, comme ailleurs en Europe. Les obstacles sont géologiques et juridiques.

En 2011, l’agence américaine d’information sur l’énergie avait attribué généreusement à la Pologne 5 000 milliards de mètres cubes (m3) de réserves, suscitant l’enthousiasme.

« Pour trouver un phénomène comparable en Europe à celui créé alors par cette annonce, il faut remonter à la découverte des gisements de la mer du Nord », rappelle Pawel Poprawa, expert de l’Institut d’études sur l’énergie de Varsovie, un organisme privé.

LE SOUS-SOL POLONAIS PLUS CORIACE

Mais ce chiffre a été brutalement divisé par cinq un an plus tard par l’Institut polonais de géologie. Les écarts entre ces estimations rendent donc indispensable une exploration systématique de la bande de terre privilégiée qui prend en écharpe le pays, de la Baltique à l’Ukraine, le long d’un axe nord-ouest sud-est.

Or le sous-sol polonais, plus coriace que les grands champs américains, a découragé les grandes compagnies qui s’y étaient précipitées, à commencer par Exxon, dont le départ en juin 2012 a alimenté la déception. La compagnie pétrolière polonaise Orlen use d’une unité de mesure particulière lorsqu’elle veut faire la pédagogie du gaz de schiste.

Pour donner une idée de la profondeur à laquelle se trouve cette source d’énergie, elle compte en « Palais de la culture et de la science », bâtiment aussi austère que stalinien installé au cœur de Varsovie et qui culmine à plus de 230 mètres. Il faut ainsi l’équivalent de 17 Palais empilés les uns sur les autres pour atteindre en sous-sol la roche qui retient le gaz prisonnier.

50 MILLIONS DE DOLLARS PAR FORAGE

Wieslaw Prugar, le président d’Orlen Upstream (raffinage, pétrochimie), tout comme Konrad Borowski, de PGNiG, le puissant groupe énergétique contrôlé par l’Etat, considèrent que, s’il est encore trop tôt pour savoir si l’exploitation sera rentable, le gaz est là, et qu’il faut développer de nouvelles techniques pour s’adapter au terrain. Certains experts déplorent un excès de pessimisme succédant à un excès inverse.

Le départ de groupes étrangers, obligés d’arbitrer entre de multiples possibilités d’investissements, n’interdit pas leur retour si des progrès sont constatés.

Mais les compagnies étrangères restent indispensables pour mener à bien une campagne d’exploration qui suit actuellement un rythme beaucoup trop lent pour pouvoir produire une évaluation crédible des réserves de la Pologne en matière de gaz non conventionnel.

« Jusqu’à présent, la déception, pour nous, tient surtout au très faible nombre de puits creusés, assure Malgorzata Szymanska, directrice du département pétrole et gaz du ministère de l’économie. Cinquante puits, cela n’est pas assez. Il en faudrait au moins deux cents pour avoir une idée. »

A raison de 50 millions de dollars (36,7 millions d’euros) par forage, selon l’expert Andrzej Sikora, également membre de l’Institut d’études sur l’énergie de Varsovie, c’est une somme considérable qui doit être mobilisée pour pouvoir trancher la question cruciale des réserves, alors que le rythme des forages a été divisé par deux en 2013 (à 12) par rapport à 2012.

« TOUT EST ALLÉ TROP VITE »

Le professeur Jerzy Nawrocki, directeur de l’Institut géologique polonais, ne cache pas son pessimisme à la lumière des résultats enregistrés jusqu’à présent. « Tout le monde s’est emballé et il est désormais difficile de faire machine arrière, à commencer par le gouvernement. »

Les autorités polonaises ont-elles été enivrées par la perspective de revenus encore inimaginables en 2009, date de la parution d’un plan énergétique pour le pays qui ne mentionnait nulle part le gaz de schiste ? Le fait est qu’il n’est pas besoin de pousser le ministère de l’économie dans ses retranchements pour qu’il décline avec entrain l’affectation de revenus encore très hypothétiques – des collectivités locales à l’éducation en passant, modèle norvégien oblige, par l’alimentation d’un fonds pour garantir les retraites.

La réforme du code minier lèvera une partie des difficultés, veut croire Marcin Korolec, ancien ministre de l’environnement, le secteur ministériel qui décide de l’attribution des permis. « Nous nous sommes inspirés des exemples norvégien et néerlandais pour bâtir un cadre propre à ménager les intérêts de l’Etat, propriétaire du sous-sol et de ses ressources, et ceux des entreprises », raconte-t-il.

« Tout est allé trop vite et, maintenant, la situation est compliquée, déplore Tomasz Chmal, spécialiste de l’énergie auprès de l’Institut Sobieskiego, proche de l’opposition. Les grandes compagnies qui disposent de capitaux sont parties et les plus petites qui restent peuvent être vite fragilisées par des forages infructueux, surtout celles qui sont cotées en Bourse. »

LE RÊVE D’UN ELDORADO NON CONVENTIONNEL S’EST DISSIPÉ

M. Chmal convient que les obstacles géologiques ont leur part dans le désenchantement actuel, mais il estime que les autorités ont fait preuve de maladresse en se précipitant pour créer un régulateur étatique et en laissant se développer les rumeurs sur leur volonté de ponctionner les industriels. Ce que dément M. Korolec.

« Il faut des certitudes. Il faut d’abord avoir une production, et après on y verra plus clair sur sa rentabilité et sur les revenus que cela pourra éventuellement rapporter à l’Etat », affirme M. Chmal. « Il faut accélérer pour accéder aux économies d’échelle, renchérit Adam Czyzewski, chef économiste d’Orlen, sinon ce gaz ne sera jamais rentable. »

Même si le rêve d’un eldorado non conventionnel s’est dissipé, l’ajout d’une nouvelle source d’énergie serait le bienvenu pour le mix énergétique polonais. Ce dernier repose majoritairement sur le charbon (plus de 80 % de l’électricité consommée dans le pays est produite dans des centrales thermiques polluantes) et sur le gaz importé à grands frais de Russie, une donnée géopolitique qui complique encore l’équation polonaise.

Le temps que les nouvelles règles soient intégrées par les principaux acteurs, l’échéance la plus régulièrement affichée en Pologne est désormais 2015, et non 2014, pourtant annoncée par le gouvernement comme l’année du passage à une production industrielle. Il faudra donc encore attendre avant de savoir si le gaz de schiste polonais deviendra une fois pour toutes une chimère ou une réalité.

Gilles Paris

ROUMANIE

 

En Roumanie, Constantin Spiridon, un paysan contre le gaz de schiste

La ferme de Constantin Spiridon se trouve à 800 mètres du futur puits d'exploration de gaz de schiste de Chevron à Pungesti. Il craint de tout perdre si l'entreprise venait à utiliser la fracturation hydraulique.


Un champ devenu forage par lemondefr

GAZ de SCHISTE - CERTAINS PAYS AVANCENT... D'AUTRES RECULENT...

Gaz de schiste : sur les barricades de Pungeşti, en Roumanie

par , David Heller

C’est devenu le cauchemar de la multinationale américaine Chevron.

 

 

Depuis octobre dernier, les habitants du petit village de Pungeşti, en Roumanie, s’opposent aux travaux d’exploration des gaz de schiste. Antoine Simon et David Heller, de l’ONG Friends of the Earth Europe, étaient sur place le 7 décembre dernier. « Leur périlleux combat illustre le ton de la bataille qui commence à se mener aux quatre coins de l’Europe contre l’expansion européenne de ce nouveau type d’énergie extrême », assurent-ils. Témoignage en images.

Une fois arrivé à Pungeşti vers 10h, après cinq heures de route au nord de Bucarest dans l’est de la Roumanie, nous sommes rapidement arrêtés par le barrage policier contrôlant le moindre accès à la seule route menant jusqu’au village. La police vérifie les papiers de notre conducteur et nous autorise à continuer notre chemin. Nous apprendrons un peu plus tard que nous étions le dernier véhicule à avoir pu accéder au village cette journée-là. Des dizaines de manifestants solidaires venus de toute la Roumanie seront retenues plusieurs heures au niveau du barrage. Premier aperçu de ce quoi à ressemblera les 24 heures qui suivront, entre abus d’autorité, ingérence injustifiée et arbitraire constant des services de police déplacés sur le site.

Nous avons décidé de voyager jusqu’à Pungeşti afin de montrer aux populations locales engagées notre solidarité à l’égard du combat qu’elles mènent contre Chevron et ses projets de développement de gaz de schiste dans la région. Un combat que nous estimons justifié et fondé compte tenu des risques importants entourant cette activité industrielle (impliquant l’usage de la fracturation hydraulique) qui pollue les eaux souterraines que ces communautés rurales – non reliées aux circuits de distribution de l’eau – utilisent pour toutes leurs activités quotidiennes.

« Chevron n’a fait aucune tentative pour engager un débat »

Mi-octobre, une série de manifestations pacifiques des villageois avaient permis de mettre en échec les premières tentatives de Chevron d’accéder au site. Le géant américain s’était alors vu contraint de suspendre ses activités pendant plusieurs semaines et d’admettre l’importance du soutien des populations locales dans de pareils cas. Un campement en face du site a alors été établi par les villageois, il allait vite devenir une base de regroupement pour les opposants à Chevron et à ses projets de développement de gaz de schiste dans la région. Pourtant, aucune tentative de la part de Chevron n’a été faite pour engager un débat ou négocier avec les communautés locales. Début décembre, plusieurs centaines d’hommes de la police anti-émeute roumaine sont venues déloger manu militari les habitants du campement afin de permettre à Chevron de reprendre ses activités.

Alors que nous nous approchons des manifestations importantes organisées ce jour-là, il nous apparait rapidement que Chevron a clairement failli à s’attirer le soutien de la communauté locale. Une foule de plusieurs centaines d’opposants s’est réunie pour l’occasion et plusieurs groupes ont commencé à démonter les barrières métalliques que Chevron avait récemment installées pour délimiter la large surface dont ils avaient fait l’acquisition. Cette action est le symbole fort du refus des opposants de laisser ces opérations industrielles menacer leur vie ainsi que leurs moyens de subsistance.

Face au site, bravant le froid hivernal, les manifestants de tous âges agitent des drapeaux, étendent des bannières, chantent et scandent leur incompréhension et leur colère. Une personne qui vient de quitter son emploi à Bucarest pour rejoindre le campement d’opposants nous raconte : « Quand je serai vieux et que mes enfants me demanderont "Qu’est-ce que tu as fait quand Chevron est arrivé en Roumanie ?" Je ne veux pas leur dire que je n’ai rien fait pour protéger notre eau et nos terres ».

Double-jeu des autorités locales

On comprend facilement le sentiment de trahison et d’injustice largement partagé par toute la communauté et tout le mouvement à l’encontre des autorités censées les représenter mais qui refusent obstinément de les écouter. Le maire du village a permis à Chevron de forer un champ qu’il a acquis dans des circonstances frauduleuses. Il n’est depuis plus le bienvenu dans son village. Le préfet (représentant du gouvernement dans la région) a annulé par deux fois le référendum local qui devait se tenir à ce sujet. Au niveau national, le nouveau premier ministre a été élu en 2012 sur un programme d’opposition forte à l’égard du gaz de schiste ainsi que du projet de mine d’or Rosia Montana… avant d’opérer un demi-tour politique radical une fois élu, se faisant désormais le premier soutien de ces deux projets industriels.

Le symbole le plus marquant de ce conflit avec les autorités de tout niveau reste pourtant la présence constante et étouffante des policiers anti-émeute (Jendarmeria), envoyés dans la région à la façon d’une armée d’occupation. Ce sont ces forces policières qui sont entrées sur la propriété privée où nous nous tenons, afin d’arrêter les manifestants, souvent violemment et de façon aléatoire. Plusieurs dizaines d’opposants sont poursuivies par-delà les collines de la région par des lignes de policiers anti-émeute ultra-équipés, bouclier et bâton à la main. Ceux comme nous qui restent sur le site finissent par se laisser cerner. Pour toujours plus d’arrestations pour le moins musclées et jamais sans fondement véritable, le campement n’empêchant pas l’accès au site de Chevron.

De retour au village, nous nous réunissons dans le seul commerce local, faisant également office de bar. Les informations télévisées nous rapportent que Chevron a annoncé une nouvelle suspension temporaire de ses activités. Un peu plus tard, la police anti-émeute déboule dans le bar, ordonne au tenancier de fermer son commerce. Ceux qui quittent le bar par l’arrière sont arrêtés et violemment transportés dans les fourgons de police.

Des villageois déterminés à poursuivre leur combat

Alors que nous nous tenons à l’extérieur du bar dans le froid, nous, ainsi que plusieurs manifestants venus à Pungeşti par solidarité, recevons l’invitation chaleureuse de quelques villageois à passer la nuit chez eux. C’est un couple de vieux fermiers qui nous accueillent avec générosité et simplicité. L’homme nous explique que cette solidarité à l’intérieur du village n’a cessé de croitre durant les dernières semaines, à mesure que la population se mobilisait contre son ennemi commun.

Le jour suivant, nous nous réveillons en apprenant que Chevron a repris ses activités. La trêve n’aura duré qu’entre le coucher et le lever du soleil. Les villageois se sentent comme assiégés. Alors que nous redescendons vers la route traversant le village, nous croisons tous les cinquante mètres des groupes de policier anti-émeute stationnant ou patrouillant. On compte au moins autant de force de police que de maisons. Partout où nous allons, nous croisons et discutons avec des villageois qui ont été harcelés, arrêtés et/ou molestés par les forces de police ces deux derniers mois. Nous rencontrons notamment un garçon arrêté et battu ce matin-là alors qu’il amenait ses vaches au champ.

Le village est déterminé à continuer son combat. Les villages environnants se préparent eux à le commencer. Chevron semble s’être fait à l’idée que le soutien des populations locales est un objectif perdu. La multinationale gazière et pétrolière se concentre alors plus que jamais sur ses plans d’expansion dans la région pour extraire toujours plus de gaz, au prix d’un environnement dont elle ne semble que bien peu se soucier.

 

Antoine Simon et David Heller, Friends of the Earth Europe
(Témoignage initialement publié en anglais
ici)

ETATS UNIS

Le déclins !

Gaz de schiste : premiers déclins aux Etats-Unis

C'est là que le boom des gaz de schiste a commencé. C'est là aussi que le déclin semble s'amorcer. Les champs de Barnett et de Haynesville, dans le Sud des Etat-Unis, ont franchi leur pic de production respectivement en novembre et décembre 2011.

Les puits de Barnett et Haynesville ont fourni jusqu'ici près de la moitié de la production américaine de gaz de schiste.

 

Le développement plus tardif du troisième principal champ nord-américain de gaz de schiste, celui de Marcellus dans les Appalaches, compense jusqu'ici le déclin de ses deux prédécesseurs. La poursuite du développement de Marcellus joue un rôle clé pour maintenir sur un plateau la production totale de gaz naturel aux Etats-Unis, stable depuis le début de l'année 2012.

Gaz de schiste, Etats Unis

Gaz de schiste, Etats Unis

La production de gaz naturel du champ de Barnett, situé au beau milieu de la vaste zone urbaine de Dallas Fort-Worth, au Texas, s'est établie à 4,84 milliards de pieds cube par jour au mois de juin, en baisse de 16,5 % sur un an et de 20,5 % sur deux ans. La première ruée vers les gaz de schiste s'est produite ici, au coeur de l'industrie américaine des hydrocarbures, à la faveur de la flambée des prix de l'énergie amorcée au début des années 2000.

Le champ de gaz de schiste de Haynesville, à cheval sur le Texas et la Louisiane, a été le deuxième développé aux Etats-Unis, à partir de 2009. Ses extractions sont en recul de près d'un cinquième par rapport au pic de décembre 2011. La production des puits situés en Louisiane a encaissé un repli de pas moins de 28 % en seulement un an et demi, selon les données fournies par Washington.

GAZ de SCHISTE - CERTAINS PAYS AVANCENT... D'AUTRES RECULENT...

Indispensable pour exploiter les gaz de schiste, la fracturation de la roche ne permet de libérer ces gaz que dans un périmètre restreint autour de la zone fracturée. Par conséquent, la production d'un puits d'hydrocarbures de schiste atteint en général sa production record dès son ouverture, et décline ensuite très rapidement, souvent dès les premiers mois d'exploitation. Pour maintenir une production élevée, il est nécessaire de forer sans cesse de nouveaux puits, de dix à cent fois plus que pour du pétrole conventionnel, d'après la direction du groupe Total.

Le principal producteur du champ de Barnett, la compagnie Devon Energy, y a recours à cinq installations de forage cette année, contre dix en 2012. "Notre production dans le Barnett reste stable avant tout parce que nous avons pris des mesures pour limiter les déclins dans la production existante", indiquait en août le porte-parole de Devon Energy. "Toutefois, à cause de notre activité de forage réduite, nous nous attendons à voir notre production chuter au cours du second semestre de cette année", a-t-il précisé.

La réduction du nombre de forages est la conséquence de la combinaison de deux facteurs, l'un économique, l'autre géologique : le repli des cours du gaz naturel depuis fin 2011 (lui-même provoqué par le boom des gaz de schiste) ; la tendance à devoir forer les nouveaux puits dans des zones moins fertiles en hydrocarbures.

Chesapeake, l'un des leaders des gaz de schiste aux Etats-Unis, a dû biffer de ses comptes l'an dernier pas moins de 4 600 milliards de pieds cube de réserves dites "prouvées". Ces réserves, principalement situées dans les champs de Barnett et de Haynesville, constituaient jusque-là pas moins du quart des réserves totales revendiquées par la compagnie.

Le cas de Chesapeake n'est pas isolé.

D'autres acteurs majeurs, tels que BP et BHP Billiton, ont également revu nettement à la baisse en 2012 le montant annoncé de leurs réserves de gaz de schiste. C'est maintenant le tour de la Shell, qui vient de faire part de son souhait de vendre ses capitaux dans un autre important champ texan d'hydrocarbures de schiste, Eagle Ford, après avoir annoncé en juillet une forte réduction du montant de ses réserves de gaz non-conventionnel, relate aujourd'hui le Financial Times.

La tendance fait écho au cri d'alarme poussé l'an dernier par le patron d'Exxon, Rex Tillerson : "On ne fait pas d'argent, tout est dans le rouge. (...) Nous sommes en train de perdre notre chemise [dans le gaz naturel]."

GAZ de SCHISTE - CERTAINS PAYS AVANCENT... D'AUTRES RECULENT...

Vieille histoire naturelle : comme les autres espèces animales, les hommes ont tendance à cueillir d'abord les fruits les plus mûrs et à portée de main. La destinée humaine s'écoule selon la pente de plus faible résistance, parfois jusqu'à se perdre comme un oued.

Les "sweet spots", les zones les plus fertiles des champs de Barnett et de Haynesville ont d'ores et déjà été forées de manière intense. Les forages futurs risquent de tendre à être moins productifs et donc moins rentables ; il faudrait tout à la fois qu'ils soient plus nombreux pour remplacer les meilleurs fruits déjà cueillis.

Les extractions de gaz du champ de Haynesville ont commencé à décroître malgré l'augmentation du nombre de puits :

GAZ de SCHISTE - CERTAINS PAYS AVANCENT... D'AUTRES RECULENT...

MàJ 15/10/2013] Dans le champ de Barnett, le nombre de puits continue également à croître, sans empêcher le déclin de la production :

Poursuite du fort déclin amorcé, ou bien stabilisation ? L'avenir de Barnett et de Haynesville sera riche d'enseignements pour la suite à attendre du boom des gaz de schiste.

Les avis se partagent pour l'heure entre les experts qui considèrent que les meilleures heures de ces deux champs pionniers sont terminées, et ceux qui estiment qu'ils ont encore de beaux restes, insistant sur la "résilience" de l'industrie texane. Toutefois au cours des derniers mois dans la presse américaine, nul ne s'est risqué à avancer que le déclin des champs de Barnett et de Haynesville puisse être réversible.

En ouvrant la perspective, il semble pour l'heure plausible qu'à l'échelle du globe, les meilleurs fruits à attendre du boom des gaz de schiste soient ceux qui sont déjà en train d'être cueillis aux Etats-Unis.

En Pologne, pays annoncé comme le plus prometteur en Europe, les géants nord-américains Exxon, Talisman et Marathon Oil ont rapidement jeté l'éponge, regrette The Economist. L'hebdomadaire libéral anglais pointe la responsabilité de la bureaucratie polonaise, mais admet aussi que la géologie de la Pologne se révèle "plus difficile que prévu". Les ressources polonaises en gaz de schiste se trouvent être enfouies plus profondément que celles exploitées aux Etats-Unis. Une différence qui handicape sévèrement la rentabilité potentielle des forages.

En Chine, les importantes ressources potentielles sont également piégées à plus grande profondeur qu'aux Etats-Unis, ce qui paraît grever tout autant qu'en Pologne la faisabilité des projets envisagés, souligne aujourd'hui le New York Times. De plus, ces ressources sont éparpillées à travers le vaste territoire chinois, et se situent souvent dans des zones désolées difficiles d'accès pour les équipements lourds que nécessite l'exploitation des gaz de schiste, relève l'agence Reuters.

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