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c3v Maison citoyenne - JOIGNY - YONNE

11 mai 2011 - Gaz de schiste : "les députés sont en pleine reculade"

13 Mai 2011, 19:57pm

Publié par C3V

11 mai 2011

Total dit oui au gaz de schiste, non au cannabis

 
Copyright Reuters
Copyright Reuters Reuters

Son PDG, Christophe de Margerie, ne perd pas espoir de parvenir, un jour, à convaincre les Français qu'on peut faire de la fracturation hydraulique "propre".

Total cherche sans relâche les énergies de demain "pour relever le défi energétique du XXIème siècle" mais exclut en tout cas de se diversifier dans le chanvre. Interpellé en assemblée générale par un actionnaire sur la possibilité pour Total de s'intéresser à une "ressource naturelle et renouvelable" et d'investir massivement dans la transformation de la biomasse issue "du chanvre, du cannabis, de la marijuana", le PDG du groupe, Christophe de Margerie, a sans surprise écarté la possibilité pour la "major" de se lancer dans sa culture, de toute façon interdite par la loi française, au moins pour ses espèces psychotropes.

En revanche, le texte voté cette semaine par l’Assemblée nationale pour interdire la fracturation hydraulique, la technique de production des gaz de schiste – les "gaz de shit", comme appelés par François Fillon dans un superbe lapsus – ne désespère pas Total de parvenir un jour à les exploiter en France.

Assez en verve sur le sujet, Christophe de Margerie a déploré le vote de cette proposition de loi, qui doit encore passer au Sénat. "Interdire pour interdire sans savoir, ce n'est peut-être pas le siècle des Lumières", a-t-il déploré. Le PDG de Total a estimé nécessaire de "trouver une solution dans les années à venir pour pouvoir faire en France ce que même la Suède, même le Danemark, qui sont quand même des pays connus pour leur sensibilité environnementale, ont accepté". "On va garder nos droits et puis faire en sorte qu'un jour les gens comprennent qu'on puisse faire de la fracturation hydraulique de manière propre", a poursuivi le patron de Total. "On reviendra sur la scène pour expliquer", a-t-il ajouté.

L’assemblée générale de Total, qui a annoncé vendredi avoir pris des parts dans des concessions d’exploration de gaz de schiste en Pologne, s’est distinguée par un nombre important de questions portant sur le thème de l’environnement. Une femme amérindienne qui interpellait Christophe de Margerie sur l’impact écologique de son projet canadien de sable bitumineux baptisé Joslyn, sur lequel le groupe avait diffusé un film en début d’AG, a été sèchement éconduite. "Le projet de Total est l'un parmi des centaines d'autres dans la région, contribuant à la destruction de notre terre, dec notre eau et de notre air", a-t-elle déclaré en anglais.

"Sachez que pour obtenir les autorisations pour pouvoir développer le champ de Joslyn, on a déposé un rapport qui fait 4.000 pages", lui a rétorqué Christophe de Margerie. (…) Nous, nous respectons les lois de votre pays, ce sont des pays démocratiques. Si vous pensez qu'il faut changer les lois de ces pays, faites-les changer pour votre camp et ne venez pas chez Total nous faire un cours sur ce que visiblement vous n'arrivez pas à faire accepter à vos propres autorités", a-t-il conclu, salué par les applaudissements de ses actionnaires.

Olivier Hensgen - 13/05/2011,

 

Lozère

"Le gaz de schiste,

  c’est fini"

OLIVIER SCHLAMA
13/05/2011, 06 h 00 | Mis à jour le 13/05/2011, 09 h 03
La ministre de l’Écologie et du Développement durable sur le Causse.
La ministre de l’Écologie et du Développement durable sur le Causse. (Photo SYLVIE CAMBON)

Au pays de la légende de Gargantua, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, veut qu’on la croie sur paroles : "Les gaz de schiste, c’est fini", a-t-elle formulé, hier lors d’un déplacement en Lozère. NKM a mis les opposants KO. Sous un soleil inespéré, la ministre arrivée par avion sur l’aérodrome de Mende, a tenu à se rendre sur les majestueux Causses au lieu-dit les Menhirs, sur une partie des 300 000 hectares d’une géologie complexe, candidate au classement au patrimoine mondial de l’Unesco et concernée par l’un des permis de gaz de schiste accordés en France.

"En interdisant cette méthode, on arrête toute cette affaire"

Nathalie Kosciusko-Morizet Coiffée d’une queue-de-cheval et chaussée de bottes cavalières, la ministre a expliqué que le texte voté dans la nuit de mardi à mercredi à l’Assemblée est historique. "Ce que je regrette, c’est que ce texte approuvé à l’unanimité en commission n’a pas recueilli les voix du PS." Il sera examiné au Sénat le 1er juin. "J’y étais très attachée. J’y tenais beaucoup. Cela arrête toute cette affaire."

Le texte interdit en fait d’utiliser la fracturation hydraulique qui mobilise des quantités massives d’eau et des produits chimiques pouvant polluer les nappes phréatiques et défigurer les paysages. "C’est incompatible avec une candidature à l’Unesco. C’est la seule méthode d’exploitation. Donc en l’interdisant, on arrête toute cette affaire", a insisté la ministre, avant d’ironiser à l’attention des opposants : "Les mêmes qui nous disaient “il n’y a qu’une seule technique et elle est très dangereuse” nous disent aujourd’hui attention “il y a peut-être une autre manière”. La vérité, c’est qu’il n’y a qu’une seule manière." Elle a précisé que c’était la seule voie qui exclut tout risque juridique des compagnies pétrolières qui demanderaient réparation et garantisse la constitutionnalité de la loi.

Nathalie Kosciusko-Morizet a précisé que l’on peut "se passer des gaz de schiste qui présentent un problème du point de vue local, au niveau des paysages et des nappes phréatiques. On a tous vu ce que cela donnait aux USA - on a vu les images des paysages dévastés. Mais aussi du point de vue global, au niveau du changement climatique. Ils peuvent ouvrir un nouvel âge fossile alors qu’on essaie justement d’en sortir." La ministre de l’Écologie a taclé son prédécesseur, Jean-Louis Borloo, possible candidat centriste : "On a fait les choses à l’envers. Il fallait faire les études d’abord." Enfin, Nathalie Kosciusko-Morizet a précisé qu’il faut "réformer le code minier qui a très peu évolué. Notamment pour que les populations soient consultées dès le dépôt des permis".

Les opposants restent mobilisés

Pour les anti-gaz de schiste, il y a anguille sous roche. L’Eurodéputé Europe Écologie José Bové convient que la loi votée mercredi « empêche bien l’exploitation des huiles et gaz de schiste.

Mais en n’abrogeant pas les permis, cela laisse la porte ouverte. C’est ambigu. Ce n’est pas une bonne nouvelle. Les industriels ont deux mois pour expliquer aux experts du gouvernement les techniques utilisées. Or, ce sont les mêmes experts qui avaient soutenu les permis.

Le risque, c’est que demain le vocabulaire change », pas la technique. « Je regrette que la ministre n’ait pas abrogé les permis alors qu’elle avait les moyens de le faire. Elle a préféré céder aux sirènes des sociétés pétrolières. » Pour le classement, « cette non-abrogation des permis est d’ailleurs un vrai problème

 

Le texte visant à interdire l'exploitation a été modifié "sous la pression des industriels", dénoncent les écologistes.gaz-13-mai.JPG

Les opposants au gaz de schiste ont réussi à obtenir le vote d'une loi. mais celle-ci a été revue légèrement au rabais. (AFP)

 

Les écolos avaient flairé l'arnaque. Leurs craintes semblent se confirmer : malgré les promesses gouvernementales d'abroger les permis d'exploitation de gaz de schiste déjà délivrés en France, la partie est loin d'être gagnée pour les opposants à l'hydrocarbure controversé.

La loi portée par Christian Jacob (UMP) sur le gaz de schiste, qui doit être examinée le 10 mai prochain en urgence par l'Assemblée nationale, a été modifiée lors de son adoption ce mercredi 4 mai en Commission. Une " marche-arrière" effectuée "en catimini", dénonce José Bové, chef de file des anti-schiste.

 

Nuance de taille

 

Le texte prévoyait jusque-là l'abrogation des "permis exclusifs de recherches de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux non conventionnels ".

Or le projet de loi vise désormais "à interdire l'exploration et l'exploitation des mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique et à abroger les permis exclusifs de recherches comportant des projets ayant recours à cette technique".

Une nuance, certes, mais de taille. Si le texte concerne maintenant tous les hydrocarbures, et pas seulement ceux qualifiés de "non conventionnels", seule l'exploitation par "fracturation hydraulique" serait interdite.

Cette technique, qui consiste à injecter d'énormes quantités d'eau alliées à des produits chimiques dans les mines afin de récupérer la précieuse ressource , est au cœur des craintes des écologistes, qui redoutent une contamination des nappes phréatiques.

 

"Reculade"

 

On pourrait croire à une bonne nouvelle. Mais le texte explique que les titulaires de permis de recherches pourront "dans les deux mois" à compter de la publication de la loi "préciser les techniques employées" pour exploiter leurs gisements. Si leurs mines ne sont pas concernées par cette technique, il n'y aura donc pas abrogation.

"Il suffit qu'ils emploient d'autres termes, ou qu'ils disent qu'ils utilisent d'autres techniques pour que ce soit fini !", s'insurge José Bové. "Clairement, les députés sont en pleine reculade devant la pression des industriels et devant le corps des Mines", estime l'eurodéputé Europe Ecologie-Les Verts. "C'est un manque de courage politique évident".

"On demande aux mêmes personnes qui ont délivré les permis, des fonctionnaires issus du corps des Mines, ceux-là même qui ont rédigé le pré-rapport du gouvernement, de décider de maintenir ou non ces autorisations, c'est inacceptable !", ajoute José Bové. 

 

Pression

 

Le pré-rapport commandé par la ministre de l'Ecologie Nathalie Koscuizco-Morizet et son homologue de l'Industrie Eric Besson avait donné le ton : suspendre, oui, mais "ne fermons pas complètement la porte". Même son de cloche chez François Fillon, qui avait pourtant promis l'abrogation de tous les permis d'exploration déjà délivré par le gouvernement Sarkozy.

Du côté des collectifs locaux anti-gaz de schiste, on se laisse le temps de digérer l'information. Voter cette loi, "c'est déjà un grand pas de fait", tempère Christian Depret, du collectif anti-gaz de schiste du Var. Et puis, "de toute façon, on ne lâchera pas la pression".

 

Laura Thouny - Le Nouvel Observateur

 


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