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c3v Maison citoyenne - JOIGNY - YONNE

La gueule enfarinée: Autorisation des farines animales dans la nouriture des poissons d'élevage le 1er juin prochain ! Les pisciculteurs français disent NON !

3 Mars 2013, 10:05am

Publié par Collectif d'action des 3 vallées

La gueule enfarinée

En plein scandale sur la viande de faux bœuf-vrai cheval, la Commission européenne ré-autorise l'utilisation de farines de porc et de volaille dans l'alimentation des poissons d'élevage. Cette décision, qui sera effective à compter du 1er juin prochain, a été prise en juillet 2012 dernier, mais annoncée le 14 février 2013.

<<http://www.courrierinternational.com/dessin/2013/02/19/la-gueule-enfarinee>>

PSA.jpg

La France ne veut pas de protéines animales transformées – les déjà fameuses PAT – pour nourrir ses poissons d'élevage. C'est à qui le dira le plus fort, à commencer par le président de la République, François Hollande, qui a insisté, le 23 février, au Salon de l'agriculture, sur l'importance de pouvoir "continuer à nourrir les poissons de manière traditionnelle".

Tant pis pour la décision européenne d'autoriser, à partir du 1er juin, d'intégrer dans l'alimentation des truites, des daurades et des bars d'élevage, des farines issues de morceaux de porc et de volaille qui ne sont pas commercialisables à cause de leur malformation ou de leur aspect. Plusieurs ministres l'ont suivi, assurant qu'il fallait, grâce à un label adéquat, informer le consommateur de la résistance française et de l'intégrité de sa production piscicole.

Les professionnels de l'aquaculture ne veulent pourtant pas de cet étiquetage-là, comme ils l'ont indiqué au ministre de la pêche, Frédéric Cuvillier, venu à son tour les soutenir au Salon de l'agriculture jeudi 28 février. Le Comité interprofessionnel des produits de l'aquaculture (CIPA) préfère miser sur sa propre charte de qualité, intitulée "Aquaculture de nos régions", qui, dit-il, exclura toute forme de PAT tant que celles-ci déplairont aux consommateurs.


LA FRANCE IMPORTE 85 % DE SA CONSOMMATION


L'organisme travaille depuis 2007 sur ce cahier des charges au sein d'une commission qui réunit des éleveurs, des représentants de la grande distribution, des scientifiques, des consommateurs et l'organisation non gouvernementale WWF, entre autres.

Pour le client, être rassuré sur la qualité hexagonale ne réglera qu'une partie de ses interrogations, puisque la France importe 85 % de sa consommation. Elle peut offrir au mieux 50 000 tonnes par an de produits issus de ses élevages terrestres et de bord de mer, dont 35 000 tonnes de truites. C'est peu comparé aux quelque 150 000 tonnes de saumons et 100 000 tonnes de crevettes qu'elle importe. Arc-en-ciel ou fario, destinée à la consommation ou au repeuplement de sites de pêche de loisirs, la truite, rappelons-le, est carnivore.

Or, pour certaines, les rations comportent déjà des protéines issues de sang de porc et de volaille et de plumes. Cette pratique est en effet autorisée par l'Union européenne depuis 2005, par la France depuis 2006. "Environ 15 % de la production française – celle qui est destinée à l'exportation – sont susceptibles d'en contenir, tandis que 85 % répondent à une formule d'alimentation standard aux trois quarts végétale, sans aucun dérivé d'animal terrestre", explique Marc Lamothe, président du CIPA. En théorie, les éleveurs auraient même le droit d'agrémenter ses rations de dérivés d'œuf et de lait, mais n'en voient pas l'intérêt, selon le CIPA.

A Balizac, en Gironde, les protéines animales terrestres sont proscrites depuis 1996, comme dans les six autres fermes piscicoles du groupe Sturgeon, né en Charente-Maritime, et comme dans l'ensemble des entreprises aquacoles ayant signé la charte "Aquaculture de nos régions". Seulement à Balizac, le poste alimentation n'a qu'une importance relative dans les comptes de l'exploitation, car on y prend soin d'esturgeons, des femelles en particulier qui donnent de l'authentique caviar.

poisson-elevage-1.jpg

RÈGLES SUR L'ENVIRONNEMENT COMPLEXES

Quand un kilo de truites est vendu 2 à 3 euros par le producteur, celui du caviar "sort" à 500-600 euros. "Si, pour un éleveur de truites, la part de l'alimentation représente 50 % à 60 % du coût de production, elle n'est que de 5 % pour nous. Il nous est donc plus facile d'être exigeant", précise Philippe Benoit, le directeur d'exploitation du groupe. Avec 13 millions de tonnes par an, exportées à 60 %, Sturgeon est le troisième producteur mondial. Le secteur du caviar, fleuron de l'aquaculture française, se classe depuis quelques années au deuxième rang mondial.

Le sang de volaille gâterait l'image de cette denrée de luxe. "Même si ce type de produit n'a pas d'impact nutritionnel négatif et que d'autres producteurs étrangers de caviar l'utilisent, le groupe se l'est interdit depuis des années. Nous devons être irréprochables, insiste M. Benoit. Ça n'est pas parce que l'Europe a décidé d'autoriser d'autres farines animales que nous allons modifier notre façon de faire. Ce serait de la folie !"

Chez Sturgeon, la nourriture est préparée sur mesure par un fabricant d'aliments, Biomar, installé à Nersac (Charente). C'est un mélange, savamment dosé suivant les conseils d'un laboratoire de recherche, de farines et huiles de poisson pour les protéines et les lipides, de végétaux (principalement blé et tourteaux de soja), de minéraux et de vitamines. Dans son cycle de vie – en moyenne huit ans avant de devenir mature sexuellement et de porter des œufs –, une femelle de 10 kg mange 25 kg de ces granulés noirs. A Balizac, huit générations d'esturgeons cohabitent, soit 70 000 individus, de l'alevin à la femelle gravide de 9 ans, répartis dans 16 bassins en béton de 7 000 m2 au total, enserrés entre l'étang en surplomb et la forêt.

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Pour Marc Lamothe, l'aquaculture française est bien placée pour satisfaire ses clients. Le problème de la filière est ailleurs : il tient aux règles sur l'environnement complexes et surtout changeantes : "L'interprétation des directives européennes est particulièrement exigeante chez nous, insiste-t-il. Nous avons besoin de savoir comment elles vont évoluer. Aucun nouvel élevage ne s'est installé ces dernières années."

Martine Valo et Claudia Courtois (à Bordeaux)


Une production "bio" naissante


Antibiotiques

La filière piscicole s'est engagée à en limiter l'usage et a rejoint le Plan antibio 2017 du ministère de l'agriculture. Selon le Comité interprofessionnel des produits de l'aquaculture, le nombre d'exploitations qui les utilisent a diminué de 20% depuis 1997 et aujourd'hui, moins de la moitié y a recours.

 

Filière "bio"

L'élevage biologique de poissons se doit de respecter un cahier des charges européen, avec une alimentation qui repose majoritairement sur des céréales bio s'agissant de la truite. C'est une petite production qui se développe : 300 tonnes de truites en 2007, 1 000 t en 2012, plus 300 t de poissons de mer.


POISSON.jpg

 

Et si les poissons devenaient végétariens ? C'est l'expérience que va tenter, à partir de janvier, la ferme aquacole Aquanord de Gravelines. A la diète, les bars et dorades d'élevage !

« Nous allons remplacer progressivement la part de nourriture d'origine animale par des végétaux, car les farines de poissons qui sont actuellement utilisées vont se faire de plus en plus rares », explique Max Palladin, directeur d'Aquanord.

Objectif : sélectionner les lignées qui résistent le mieux à ce régime alimentaire contrarié, pour créer une nouvelle race plus herbivore.

Les poissons de Gravelines vont donc apprendre à manger des fèves ou du colza et à ingurgiter de l'huile de lin, riche en Oméga 3. « Sans pour autant altérer le goût de leur chair », assure le directeur d'Aquanord. Les consommateurs seront bien obligés de s'adapter, puisque plus de la moitié de la consommation mondiale de poissons provient déjà de l'élevage. Et les ressources de la pêche continuent d'aller s'amenuisant.W

 

http://us.123rf.com/400wm/400/400/konstanta/konstanta0904/konstanta090400033/4611230-poissons-d-39-elevage-dans-une-baie-de-mer-en-grece.jpgElevage en Grèce

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