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c3v Maison citoyenne - JOIGNY - YONNE

C3V Maison citoyenne présente: Jeudi 12 décembre 19h45, salle Debussy - JOIGNY - Soirée/débat avec Jean-françois DRAPERI qui viendra nous présenter son livre "La République coopérative"

1 Décembre 2013, 06:54am

Publié par c3v maison citoyenne

C3V Maison citoyenne présente

UNE NOUVELLE SOIREE / DEBAT

 

le Jeudi 12 décembre 19h45

salle Debussy - JOIGNY

C3V Maison citoyenne présente: Jeudi 12 décembre 19h45, salle Debussy - JOIGNY - Soirée/débat avec Jean-françois DRAPERI qui viendra nous présenter son livre  "La République coopérative"

avec Jean-françois DRAPERI

auteur du livre

 "La République coopérative"

Jean-François Draperi, sociologue et spécialiste de l’économie sociale et solidaire

viendra nous présenter son livre

 

Jean-François DRAPERI est responsable du Centre d’économie sociale du Cnam (Cestes / Cnam) et rédacteur en chef de la Revue internationale de l’économie sociale (Recma).

 

Son avant-dernier livre paru :

L’économie sociale et solidaire : une réponse à la crise ? Capitalisme, territoires et démocratie, édition Dunod, Oct. 2011

 

Il a codirigé avec Philippe Frémeaux, “L’économie sociale de A à Z”, Alternatives économiques, Hors-série nº 12, janv. 2006. Auteur chez Dunod de Comprendre l’économie sociale.

3 questions à J.F. Draperi sur l'économie sociale et solidaire:

http://www.initiatives.tv/video-362-3-questions-a-jean-francois-draperi.html

 

Interview

 

Sa dernière publication:

La République coopérative

Jean-François Draperi. Larcier, 2012, 327 pages.

 

Larcier édite en ce mois d'octobre le dernier livre de Jean-François Draperi, la République coopérative. Présent dans le monde entier, riche d’une histoire bi-séculaire, le mouvement coopératif est d’une grande diversité.

Celle-ci se révèle également être une difficulté lorsqu’il s’agit de définir un cap et élaborer une stratégie.

Au début du XIXe siècle, les coopérateurs ont cru pouvoir changer le monde en libérant le travail.

Au début du XXe siècle, c’est en tant que consommateurs qu’ils pensaient dépasser le capitalisme.

En ce début du XXIe siècle, nos sociétés malmenées attendent que de nouvelles relations, plus équitables, soient définies entre travailleurs et consommateurs.

Riche de son expérience, le mouvement coopératif est en capacité de répondre à ce besoin.

Un double défi l’attend : dépasser les logiques propres aux nombreuses fédérations centrées sur leurs propres objets (le travail, la production agricole, l’artisanat, le crédit, le commerce, l’agroalimentaire, etc.) ; et convaincre non seulement les coopérateurs, mais la société dans son ensemble.

Pour y parvenir, le mouvement coopératif n’a d’autre choix que de penser une théorie socio-économique nouvelle, alternative au libéralisme.

L’actualité du propos et une bibliographie inédite intéresseront les membres, cadres et dirigeants, de coopératives et d’associations, les collectivités locales et territoriales, les économistes, mais également les professeurs, les chercheurs et les étudiants spécialisés en économie.

Au sommaire :

Préface de : Jean-Claude Detilleux, Pauline Green

Introduction : une tradition délaissée et éclairante

1825 - 1895 La république des travailleurs

1889 - 1935 La république des consommateurs

1900 - 1970 La république coopérative aux prises avec la société

1935 -1980. L’abandon de la république des consommateurs

1943 -1980. La république coopérative pour le développement

Méso-république ou capitalisme coopératif : un risque d’éclatement du mouvement coopératif ?

Conclusion générale : la voie coopérative du changement social et économique

Annexes

Bibliographie

 

Intervention de Jean-François Draperi sur le thème de l'économie sociale face à la crise dans le cadre de l'université d'automne de la Ligue de l'enseignement.

C3V Maison citoyenne présente: Jeudi 12 décembre 19h45, salle Debussy - JOIGNY - Soirée/débat avec Jean-françois DRAPERI qui viendra nous présenter son livre  "La République coopérative"

Bibliographie complète

Jean-François Draperi

Jean-François Draperi est directeur du Centre d’économie sociale du Conservatoire des Arts et métiers (Ceste-Cnam) à Paris et rédacteur en chef de la RECMA (Revue internationale de l’économie sociale). A côté de son activité de chercheur et d’enseignant, il intervient dans de nombreuses manifestations liées à l’économie sociale et solidaire. Il est entre autres l’auteur de « Rendre possible un autre monde » (Presses de l’économie sociale, 2005) et de « L’économie sociale. Utopies, pratiques, principes » (Presses de l’économie sociale, 2005).

 

7 publications

2 analyses

L'économie sociale - Utopies, Pratiques, Principes

  • Presses de l'Economie sociale

  • Broché

  • Paru le : 01/06/2005
L'économie sociale est à la croisée des chemins. Elle poursuit son projet de définition d'une économie originale à travers une histoire presque bicentenaire. Au cours de cette histoire, elle a successivement rêvé d'une communauté alternative, puis d'une république coopérative et enfin d'un développement intégré à l'échelle des territoires. Régulièrement mise en danger par l'économie capitaliste, par l'Etat mais aussi par ses propres insuffisances, elle a dû s'organiser, édifier des principes de référence, susciter l'élaboration d'un droit définissant ses règles de conduite. Face à une idéologie ultra-libérale envahissante, l'économie sociale propose un ensemble coordonné de valeurs et d'actions qui permet de penser différemment le rapport entre l'économie et la personne humaine. Saura-t-elle trouver les forces de résister à la marchandisation croissante de la vie? Ce livre revient sur cette histoire en présentant une démarche originale: l'économie sociale résulte de la coordination entre un mouvement de pensée- changer la vie économique et sociale par des moyens non-violents - et un mouvement de pratiques -créer des entreprises au service des hommes. S'adressant aux militants de l'économie sociale et aux étudiants en sciences économiques et sociales, il approfondit la perspective ouverte dans le premier livre de cette collection paru sous le titre Rendre possible un autre monde.
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Godin, inventeur de l'économie sociale,

Godin, inventeur de l'économie sociale

par Jean-François Draperi
Ed. Repas, 2008, 194 p.

Fondateur en 1846 d'une prospère manufacture de poêles en fonte (l'entreprise existe toujours, même si elle est propriété d'un groupe capitaliste classique depuis 1968), Godin fut aussi le concepteur et le constructeur du Familistère, "palais social" de 330 logements situé à Guise, dans l'Aisne, qui ''ambitionne de changer le lien social au quotidien", écrit l'auteur. On y trouve "pouponnat", salle de spectacle, piscine (avec plancher réglable pour apprendre aux enfants à nager), école… Les appartements disposent de salles de bains avec eau chaude. Les familles des travailleurs bénéficient d'une assurance maladie ainsi que d'une retraite.

Jean-François Draperi souligne que, pour Godin, "l'accès aux équivalents de la richesse n'est pas une conséquence du niveau de vie des ouvriers, mais une condition de son élévation". Dans la lignée de Fourier, Godin estime que le travail peut cesser d'être une épreuve pour devenir une forme de plaisir. Mais, alors que Fourier rêvait au fond d'une société préindustrielle, Godin a voulu montrer que l'association ouvrière pouvait s'appliquer aussi au monde nouveau issu de la révolution industrielle. A partir de 1877, les travailleurs sont organisés en coopérative de production dans leur travail et en coopérative de consommation pour leurs achats du quotidien.

En ce sens, nous explique l'auteur, "Godin est le plus moderne des concepteurs de l'économie sociale": il a joué un rôle essentiel et inventé "une alternative non violente au socialisme marxiste", en montrant que, même dans un cadre d'économie de marché, l'entreprise pouvait devenir un lieu démocratique. Le livre est passionnant, réconfortant et stimulant.

On aimerait qu'il soit offert à tout adhérent du Medef…

(voir plus bas pour plus de détails...)

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Les 20 formes juridiques de l'entreprise

  • Puits Fleuri (Editions du)

  • Broché

  • Paru le : 22/03/2002
Ce guide se compose de trois parties complémentaires : un guide juridique et fiscal, qui concerne 20 formes différentes d'entreprises ; un guide de la création, qui décrit les démarches du créateur en trois chapitres : Comment passer de l'idée au projet ? Comment démarrer ? Comment développer son activité ? un guide des ressources, qui liste les adresses à connaître au niveau national et au niveau régional. Il s'agit du premier guide de création d'entreprise qui s'intéresse à l'ensemble des formes d'entreprise : associations, coopératives de production, coopératives de consommation, société en nom collectif (SNC), société civile immobilière (SCI), groupement d'intérêt économique (GIE), nouvelles coopératives d'intérêt collectif (SCIC), société anonyme à participation ouvrière (SAPO), etc., sont présentées à côté des entreprises individuelles entreprise personnelle, entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL)... et des entreprises classiques comme la société anonyme (SA), la société par actions simplifiée pluripersonnelle (SAS) ou la société à responsabilité limitée (SARL). Au fil des pages sont présentés de multiples témoignages d'expériences qui illustrent la diversité des situations des créateurs et la façon dont les uns et les autres ont dépassé les difficultés et réussi à mener à bien leur projet.

Rendre possible un autre monde - Economie sociale, coopératives et développement durable

2e édition revue et augmentée

  • Presses de l'Economie sociale

  • Broché

  • Paru le : 01/04/2005
" Un autre monde est possible " affirment les mouvements aller-mondialistes. Mais quel autre monde? Et comment le bâtir? C'est la question qu'aborde ce petit livre rédigé à l'attention de celles et ceux qui veulent changer leur vie et contribuer à changer le monde. Il propose en guise de réponse une hypothèse d'action radicale et non-violente, fondée sur les principes de volontariat, d'égalité et de solidarité. Il plaide en faveur d'une économie qui réponde aux besoins et aux attentes des personnes, une économie qui ne constitue pas sa propre fin mais se donne l'éducation pour finalité: une économie qui permette à la personne humaine de fortifier son identité individuelle et collective et de réaliser son émancipation. Cette économie est-elle une utopie? Si c'est le cas, elle est une utopie praticable, ainsi qu'en témoigne sa riche histoire aussi bien européenne qu'africaine, indienne ou latino-américaine... Les entreprises qui la composent -coopératives, mutuelles ou associations- sont des groupements de personnes et non des sociétés de capitaux. En adoptant des règles de fonctionnement démocratique, en limitant le pouvoir du capital, en instaurant une solidarité intergénérationnelle dans l'espace local, elles définissent un autre rapport au travail et constituent les moyens privilégiés du développement territorial et durable. L'ouvrage associe des présentations de pratiques remarquables d'économie sociale, alternative ou solidaire à des analyses puisant dans différentes disciplines des sciences de l'homme.

 

L'économie sociale et solidaire : une réponse à la crise ? Capitalisme, territoires et démocratie [Broché] Jean-François Draperi

Vous pouvez feuilleter  ci-dessous 

quelques pages de ce livre !!!

Une économie moins inégalitaire et moins destructrice,
qui renforcerait le lien social mis en péril par la
concurrence économique exacerbée, est-elle possible ?
Pour concevoir une alternative crédible au capitalisme, il
est nécessaire de produire une théorie générale distincte
de ce qu’il est convenu d’appeler le libéralisme.
Cet ouvrage n’a pas l’ambition de produire cette théorie,
mais de mesurer les limites de l’économie sociale et
solidaire, présenter des pistes pour une critique du
capitalisme, puis inviter à une mise en question radicale
en proposant des voies de réflexion et d’action générale.
C3V Maison citoyenne présente: Jeudi 12 décembre 19h45, salle Debussy - JOIGNY - Soirée/débat avec Jean-françois DRAPERI qui viendra nous présenter son livre  "La République coopérative"

Godin, père de l’économie sociale et solidaire.

Jean-François Draperi

 

familistère

En mai 2013, nous sommes une toute petite poignée de sociétaires à avoir accompli un pèlerinage (sous la pluie !!) au familistère de Guise. Comme l’entreprise de Godin, mais à une échelle beaucoup plus modeste, la BAI a en effet été créée sous l’influence des idées fouriéristes.

Charles Fourier avait imaginé une société dans laquelle le travail contribuerait à l’épanouissement humain au lieu d’être l’expression d’un asservissement. Les travailleurs associés seraient rétribués par les dividendes et non par des salaires. Ils seraient organisés par groupes d’affinités d’individus qui se coopteraient de façon décentralisée, au sein d’une « bourse d’harmonie », sorte de foire géante des besoins, des compétences et des tâches. En somme, un doodle géant grandeur nature…

anonyme

Les théories fouriéristes ont largement été diffusées par Victor Considérant. Rappelons qu’en 1850, le futur artisan des BAI, Jean-Baptiste Girard, est emprisonné pour appartenance à une société secrète et réunion politique interdite. Au dépôt, pour tromper l’ennui, Girard et ses amis lisent La destinée sociale de V. Considerant… ce qui n’est pas sans aggraver leur cas !

Les idées fouriéristes se diffusent à partir de 1832 au travers de journaux fondés par Considérant, comme Le Phalanstère, puis La Phalange. Elles entraînent différentes expériences de coopération qui se soldent presque toutes par des échecs. Aux Etat-Unis, sur 25 à 30 tentatives, seuls deux phalanstères dépassent une durée de 5 ans. Dans la pratique, un certain nombre de principes sont mis de côté :

  • Les membres sont rarement impliqués dans une compagnie d’actionnaires, c’est à dire qu’ils ne sont pas associés au capital avant la construction même du bâtiment d’habitation.
  • Le rôle des femmes reste traditionnel et la liberté sexuelle est abandonnée, sauf dans la colonie d’Oneida.
  • Les établissements créés sont bien en deçà de la taille prévue par Fourrier.
  • La productivité n’est pas au rendez-vous et l’incompétence des membres s’ajoute aux complications humaines.

Problème majeur : toutes ces colonies sont fondées sur des activités agraires… mais exclusivement par des citadins ! En se situant d’emblée sur le terrain industriel le plus moderne, l’œuvre de Godin s’écarte singulièrement de ces expériences. L’ancien serrurier a perdu un tiers de sa fortune en soutenant les expériences de Considerant au Texas. C’est sur des bases plus modestes et plus pragmatiques qu’il décide d’œuvrer lui-même, à Guise, au plus proche de son village natal. Depuis 1848, l’associationnisme est à la mode, mais les entreprises restent artisanales, préindustrielles, et de taille modestes : il n’y a pas de coopération à l’échelle industrielle car les ouvriers ne savent pas mobiliser des capitaux. Rendre les travailleurs propriétaires de leur entreprise, responsables de leur affaire, telle est alors la mission que se donne Godin. Tandis que Fourrier postule une harmonie entre les hommes et souhaite réaliser les conditions d’un bonheur utopique, Godin à seulement foi dans la perfectibilité humaine et cherche à améliorer la vie matérielle des ouvriers.

usine

Godin a créé un atelier de fonderie en 1840 et construit une usine à Guise en 1846. Il fait fortune en remplaçant la tôle des poêles par de la fonte et développe ensuite la production de toute une panoplie d’objets en fonte.

poelle

Le Palais qu’il construit à Guise entre 1859 et 1877 peut accueillir 1770 habitants. Il a été pensé pour procurer un maximum de confort : lumière, circulation de l’air, eau courante à tous les étages. Le familistère est encore un moyen de créer du lien social. Il abrite de nombreuses associations de loisir, mais aussi une crèche, une école, une laverie et une piscine, un théâtre, etc.

Coopérer pour consommer, permet de dégager une épargne susceptible d’alimenter des caisses de prévoyance ou « mutualités ». Celles-ci mettent les familistériens à l’abri des menaces vitales, seule condition, selon Godin, à l’instruction et à l’émancipation.

escalier

Quand les ouvriers seront débarrassés du souci de la survie quotidienne, le maître de Guise projette de passer de la coopérative de consommation à la coopérative de production. Il imagine une organisation complexe au travers de laquelle, les ouvriers, par l’effet même de leur travail, deviennent peu à peu propriétaires de leur outil de production. Ils ont la possibilité de s’impliquer à différents degrés (auxiliaires, participants, sociétaires, associés, intéressés) dans la répartition des bénéfices et dans l’acquisition du capital même de l’entreprise, remis sous forme de titre-épargne. Godin se trouve ainsi peu à peu dépossédé de sa fabrique… et remboursé ! A terme, l’outil de production devient la propriété collective des travailleurs qui sont pleinement impliqués dans sa cogestion. Même si son organisation reste très hiérarchisée, il s’agit de changer complètement la nature du rapport entre patrons et ouvriers :

« C’est donc le monde actuel renversé : ce n’est plus le capital qui fait la loi au travail, c’est le travail qui fait connaître au capital son utilité ou son inutilité, c’est le travail qui fait le cours des capitaux ».1

« Qu’on institue la participation pour tout le personnel d’un établissement ou seulement pour un certain nombre d’ouvriers et d’employés, il faut, pour que la participation soit réelle, qu’elle soit basée sur un contrat appelant les ouvriers et employés au partage des bénéfices, non en raison des fonds qu’ils déposeraient dans l’association, mais en raison de leur travail. Un contrat ainsi établi fait des travailleurs de réels participants, parce que leur droit est acquis et entouré de garanties légales ».2

Avant de réaliser cette association où le capital est au service du développement humain, Godin a mené plusieurs expériences visant à créer une culture de la démocratie directe et de la participation. Bien qu’il ait plutôt eu les pieds sur terre quant à la nature humaine, le maître de Guise n’a pas toujours réussi à responsabiliser ses contemporains. Sa tentative de promouvoir les meilleurs ouvriers en répartissant des primes aux éléments élus pour leur mérite et leur inventivité, se solde par un échec : les votes s’éparpillent et sont animés par des « spéculations et des intrigues faites pour obtenir de l’argent à dépenser en commun ».  Malgré la complexification du dispositif, Godin finit par reconnaître qu’ »en l’état de la mentalité ouvrière, et jusqu’à ce que tous les travailleurs aient reçu par une culture appropriée une notion plus exact de leurs intérêts et de leurs devoirs, la distribution des salaires, de l’avancement et des récompenses doit rester une prérogative de l’autorité directrice. »3

familistériens

Les « groupes d’étude » qu’il met en place en 1877, sont abandonnés dès 1878. Il s’agit cette fois de faire remonter les remarques, conseils ou suggestions d’innovation des travailleurs, par le biais de groupes thématiques, librement organisés et sans souci hiérarchique. Les représentants de ces groupes de conseil siègent eux-mêmes dans des unions de groupes par branches d’activités, puis dans un Conseil de direction.

Un siècle avant eux, Godin a inventé ce que les managers ont appelé les « groupes de progrès » ou « cercles de qualité ». Son management participatif fonctionne durant une année, notamment parce qu’il est encouragé par une petite rétribution. Parmi les causes d’échec, on évoque « l’apathie intellectuelle et le manque de culture préparatoire, à la fois professionnelle et sociale ; la complexité du système, l’inquiétude de certains chefs de service secrètement hostiles à la libre intervention des groupes dans toutes les questions qui se traitaient jadis par voie d’autorité, et enfin, l’opposition sourde des intéressés, sentant confusément qu’ils faisaient figure de « moyens » en vue d’une fin dont la valeur profonde leur échappait. »4

godin

Malgré ces échecs, Godin institutionnalise l’association du capital et du travail, sans avoir vraiment rencontré l’adhésion de ses sociétaires :

« J’espérais aussi trouver en vous des concours actifs, dévoués ; sur ce point, je m’étais trompé. J’ai dû créer moi-même et de toutes pièces les rouages de notre association ; et nulle foi, nulle persévérance ne m’ont été prêtées par vous. Dans le domaine industriel seul, j’ai été aidé. Là, je le reconnais, vous m’avez apporté concours et dévouement. Mais ce que j’avais espéré en 1877, c’était éveiller en vous assez d’amour pour l’association, pour que vous vous attachiez réellement à me seconder dans la préparation de cette œuvre ; je n’ai recueilli que votre indifférence. Dans ces conditions et malgré vous, je puis le dire, j’ai fait l’association. Et aujourd’hui j’espère encore que l’avenir trouvera enfin de votre part le concours et le dévouement qui ont manqué par le passé. »5

Fondée en 1880, la « Société du familistère de Guise – Association coopérative du capital et du travail » s’est maintenue jusqu’en 1968. Après la mort de son fondateur en 1888, son administration perd peu à peu son caractère participatif, ce qui contribue à isoler un gérant fragilisé par la progression des idées guesdistes, orientées vers une « lutte des classes » sans compromis. D’autre part, les membres les plus investis sont aussi ceux qui sont socialement les plus élevés et qui bénéficient des logements au détriment des ouvriers… enfin, la concurrence européenne finit par avoir raison de la société, rachetée par Le Creuset.

Henri Viltard

pour en savoir plus :

  • DRAPERI, Jean-françois, Godin, inventeur de l’économie sociale : mutualiser, coopérer, s’associer, Valence, éd. Repas, 2010.
  • LALLEMENT, Michel, Le travail de l’utopie. Godin et le familistère de Guise, Ed. Les Belles Lettres, 2009.

  1. 1. Godin, Solutions sociales, 1871, p. 107. 

  2. 2. Ibid., 101 

  3. 3. Prudhommeaux, J., Les Expériences sociales de J-B. Godin, 1911, p. 22. 

  4. 4. Prudhommeaux, J. , 1911, p. 40 

  5. 5. Godin cité par Moret, M., Documents pour une biographie complète de J.B. Godin, T. II, 1906, p. 585 

Différents thèmes

Parcourir sa vie

 

Parcourir sa vie : Se former à l'autobiographie raisonnée

Jean-François Draperi

Presses de l'économie sociale - 2010

 

L'autobiographie raisonnée

L'autobiographie raisonnée est un exercice personnel qui permet de mieux se connaître et d'éclairer les choix d'orientation, par exemple pour reprendre une formation, fonder un projet professionnel ou se lancer dans une nouvelle activité sociale.

De mise en oeuvre aisée, elle consiste à réfléchir sur sa propre histoire de vie, affirmant que pour savoir où l'on va, il faut se souvenir d'où l'on vient. Elle est à la fois orale et écrite : orale, parce que la prise de parole est essentielle au souvenir ; écrite afin de fixer la mémoire de façon raisonnée et durable.

L'autobiographie raisonnée est également la première étape d'un projet de recherche-action, c'est-à-dire d'une pratique de changement de ses propres activités sociales et professionnelles. Elle est un outil privilégié de l'implication et du changement social, particulièrement adaptée à l'animation associative et mutualiste et au management coopératif dans le cadre d'un projet d'économie sociale et solidaire. Elle forge le lien social et l'amitié, premières conditions de l'action collective.

Ce livre est construit en deux parties, l'une pratique et l'autre théorique, qui offrent au lecteur la possibilité de pratiquer l'entretien et de réfléchir sur ses ressorts et ses effets d'un triple point de vue éducatif, sociologique et philosophique.

L'auteur

Rédacteur en chef de la Revue internationale de l'économie sociale (Recma), Jean-François Draperi est maître de conférence en sociologie au Conservatoire national des arts et métiers où il dirige le Centre d'Economie Sociale Travail et Société (CESTES/Cnam).

 

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